Début et fin de la guillotine, une histoire à couper le souffle

Saviez-vous que c’est par soucis d’égalité que la guillotine a été adoptée ? Et oui, grâce à elle : « Tout condamné à mort aura désormais la tête tranchée » !  Elle est adoptée en 1792, et impose un procédé d’exécution unique pour tous les criminels, qu’ils soient des bandits de bas étage ou des nobles de haut rang. La torture avant l’exécution n’est plus de mise.

Avant la Révolution Française, plusieurs modes d’exécution étaient utilisés en France. Ceux-ci été choisis en fonction de la nature du crime et du statut social de la personne condamnée à mort. Ainsi, à crime égal, les plus pauvres étaient roués vif sur la place publique, alors que les nobles avaient le privilège d’une décapitation au sabre bien plus élégante. Et surtout : bien plus nette, couic.

Le supplice de la roue se déroulait en deux phases : le bris des membres suivi de l’agonie sur la roue

Lorsqu’éclate la Révolution, un vent d’égalité souffle sur la jeune République. On réfléchit alors à une façon identique de mettre à mort tous les condamnés quelque soit leur statut social.  Il faut en outre que le moyen soit rapide et efficace, car les décapitations à la force du bras rataient souvent à la première tentative (on vous épargne un dessin…). Le 10 octobre 1789, le député Guillotin (d’où le nom de guillotine, n’est-ce pas) qui est en charge de cette question épineuse fait acter par l’Assemblée Nationale le principe d’un procédé unique : le « décollement » ou décapitation. Il a même réfléchi à une invention mystérieuse et aurait déclarer : « avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point ». Mais la guillotine en tant que tel n’existe pas encore.

C’est en fait, Antoine Louis, un expert médical qui est nommé en mars 1792 pour réfléchir au meilleur procédé. Il se fait aider d’un mécanicien, Tobias Schmidt, qui réalise le premier prototype :  une machine haute de quatorze pieds, disposant d’une lame oblique (plus efficace qu’une lame droite) et montée sur un échafaud. Pour en vérifier l’efficacité, le duo n’hésite pas à l’expérimenter avec succès sur des moutons vivants, puis sur des cadavres de prisonniers.

Et c’est ainsi que le 25 avril 1792 a lieu la première exécution, à Paris. C’est Nicolas Jacques Pelletier, condamné pour avoir tué et volé un passant, qui en fait les frais. Un journal de l’époque « Le Mercure universel » relate les faits : « Le nommé Pelletier, convaincu d’assassinat, a été condamné par le 5e tribunal criminel à avoir la tête tranchée. Cette exécution s’est faite aujourd’hui, place de Grève. Ce nouveau genre de supplice avait attiré une affluence considérable. La machine était posée sur un échafaud, élevé d’environ six pieds : attacher le condamné sur une planche, lui trancher la tête, a été l’affaire d’un instant, sans même que le public aperçut une trace de sang, tant ses dispositions sont bien prises. » La décapitation est si rapide que la foule, déçue du spectacle, hua le bourreau !

L’engin de mort portera plusieurs noms et surnoms avant de recevoir celui de guillotine : le « moulin à silence », la « Louisette » (en hommage au bon docteur Louis), le « rasoir national » ou encore le « raccourcissement patriotique »… tout un poème.

Elle fonctionnera pendant presque deux siècles, jusqu’au 10 septembre 1977, date de l’exécution d’Hamida Djandoubi accusé de torture et du meurtre d’une femme de 22 ans. Il est le tout dernier criminel condamné à mort en France, mais aussi la dernière personne au monde à avoir été exécutée au moyen d’une guillotine !