Histoire belge : Je rêvais que je dormais, Henri Michaux

Bonjour histoirien.ne,

Nous proposons aujourd’hui pour réveiller notre sens littéraire un peu de poésie belge qui laisse rêveur … Ne songez pas à vous endormir. Bonne lecture !

« Je rêvais que je dormais.

Je rêvais que je dormais.
Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
sachant que j’étais éveillé
jusqu’au moment où, me réveillant
je me rappelai que je dormais.

Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
jusqu’au moment où m’endormant,
je me rappelai que je venais de me réveiller
d’un sommeil où je rêvais que je dormais.

Naturellement, je ne me laissais pas prendre,
jusqu’au moment où, perdant toute foi,
je me mis à me mordre les doigts de rage
me demandant malgré la souffrance grandissante
si je me mordais réellement les doigts
ou si seulement je rêvais que je me mordais les doigts
de ne pas savoir si j’étais éveillé ou endormi
et rêvant que j’étais désespéré de ne pas savoir
si je dormais, ou si seulement je…
et me demandant si… »

Poème d’Henri Michaux (Namur, – Paris, ) issu du livre « La nuit remue » paru en 1935. 

La Nuit remue est le premier grand texte poétique d’Henri Michaux publié par la Nouvelle Revue Française (NRF), qui comptait déjà à son catalogue, grâce à l’intercession de Jean Paulhan, un premier recueil, Qui je fus (1927), et deux « textes de voyage », Ecuador (1929) et Un Barbare en Asie (1932). La Nuit remue assurera à son auteur une large consécration critique.