La Paix, bordel !

Chers histoiriens,

Il y a presque cent ans, le 11 novembre 1918, était signé à 5h15 l’armistice de la Première Guerre Mondiale entre les généraux allemands et les alliés. La rencontre se tient dans un wagon-restaurant aménagé provenant du train d’État-Major du maréchal Foch, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Il marque la fin des combats, la victoire des Alliés et la défaite totale de l’Allemagne. Le cessez-le-feu est effectif à onze heures.

Mais c’est plus tard, le 28 juin 1919, à Versailles, qu’est signé le traité de paix qui met réellement fin à l’état de guerre.

Quatre ans plus tôt, le Maréchal JOFFRE (août 1914) disait :“Je tordrai les Boches avant deux mois. » On peut dire que c’était presque bien vu Maréchal ! Cette guerre prévue pour être courte n’aura finalement duré « que » quatre années : la première guerre moderne, le premier conflit industriel ou comment orchestrer la mort et la destruction en masse (par fiertés nationales ?) à un niveau mondial.

Des nations, soi-disant parmi les plus « civilisées » de l’époque, lancent le jeu de massacre qui portera les victimes à 10 millions de morts et à 20 millions de blessés et de «gueules cassées » parmi les militaires et les civils. Plus de 60 millions de soldats vont prendre part aux hostilités. Des chiffres jamais atteints dans toute l’histoire de l’Humanité.

L’étincelle

C’est l’attentat de Sarajevo survenu le 28 juin 1914 qui met le feu aux poudres : l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, sont assassinés par un étudiant nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip. Les autorités autrichiennes soupçonnent la Serbie voisine d’être à l’origine de cet attentat. L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie un mois après, le 28 juillet 1914.

C’est alors malheureusement parti pour un engrenage infernal où le jeu des alliances entre pays, et la diversité des empires coloniaux vont faire de cette guerre un conflit mondial.

Deux camps principaux vont s’affronter au sein desquels de nombreux pays prendront part, pour tout ou partie de la durée du conflit :

  • La Triple-Entente ou Alliés : France, Empire britannique, Russie, Serbie, Monténégro, Belgique, Japon, Italie, Portugal, Roumanie, Hedjaz (ancien contrée de la péninsule arabique), Etats-Unis, Grèce, Siam
  • Et les Empires centraux : Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman, Bulgarie.

Une guerre à l’ère de l’industrie

Un des aspects qui retient notre attention, la grande spécificité de cette guerre, c’est le rôle majeur qu’a pris la technologie et sa production à un niveau industriel dans l’intensité des combats ! Du jamais vu. Un déluge de mort et d’inventivité dont nous vous proposons ici les exemples les plus frappants. 

Le nombres d’arme explosives utilisées…. explose : un milliards d’obus seront tirés pendant le conflit, c’est pas mal (dont les fameux shrapnell qui libéraient des balles lors de l’explosion et les obus à gros calibre, implacable). L’objectif est de détruire matériel et tranchées.  Certains types d’obus avaient pour but de s’enterrer et de devenir ainsi des mines antipersonnel.

Les grenades qui existaient déjà auparavant dans une forme primitive deviennent un outil indispensable dans le « nettoyage » des tranchées ennemies. On pouvait y ajouter quelques coups de lance-flamme pour déloger les derniers récalcitrants. Et pour contrer les attaques par vague d’infanterie, la mitrailleuse fait des miracles.  Elle chamboule complètement ce type d’attaque et décime les rangs ennemis à leur approche. 

Afin de rendre les conditions de vie des combattants encore plus difficile, le gaz fut utilisé par les deux camps (bien que les conventions de la Haye de 1899 et 1907 interdisent l’utilisation des gaz de combat …). C’est l’Allemagne qui fut la première à utiliser ce qui semblait être le meilleur espoir de sortir de l’impasse de la guerre de position. Le chlore fut le premier gaz utilisé en avril 1915. Par la suite, le phosgène et le gaz moutarde vinrent grossir la liste des composés mortels utilisés par les deux camps.

Sur terre, l’utilisation des chars de combat fait de la Première Guerre mondiale, le premier conflit mécanisé. Ils sont cependant très lourds pour l’époque (plusieurs dizaine de tonnes) et tombaient souvent en panne. Ca fait un peu désordre en plein milieu d’une bataille. Dans les airs, l’aviation dont le premier vol avait véritablement eu lieu en 1903, fit par ailleurs des progrès considérables : les avions apportaient un soutien important à l’artillerie en permettant de repérer les cibles et participaient plus largement à la reconnaissance du champ de bataille. Les avions plus lourd furent utilisés pour bombarder les bases de ravitaillement ennemies. Cependant, leur lenteur en faisait des proies faciles pour les chasseurs ennemis …

Sur l’eau apparaissent les navires cuirassés qui sont blindés, avec une artillerie de longue portée. Et enfin sous l’eau les sous-marins deviennent pour la première fois des armes de guerre, notamment pour contrer les blocus de la Royal Navy sur les ports allemands.

Et la liste peut encore être longue… L’énergie déployée par l’ensemble des belligérants lors de ce conflit est tout simplement incroyable.

Cette première guerre high tech ne sera malheureusement que le début d’une fuite en avant vers un perfectionnement et une dangerosité de masse des armes … Je ne sais pas comment on fera la Troisième Guerre mondiale, mais je sais comment on fera la quatrième : avec des bâtons et des pierres (Albert Einstein). Espérons que nous saurons rester raisonnables.

Pour approfondir, n’hésitez pas :